OGM= Vingt ans d’essais et Perspectives ?

Face au modèle OGM américain à la conquête de la planète, Madagascar dispose d’atouts pour devenir le grenier « bio » de l’Océan Indien…

/PGM et biotechnologies/
Selon l’ISAAA -International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications- sur l’état mondial des Plantes Génétiquement Modifiées (PGM) commercialisées en 2010, un chiffre record a été enregistré : 15,4 millions de fermiers, dans 29 pays, ont cultivé 140 millions d’hectares. La première commercialisation des Plantes Génétiquement Modifiées a commencé en 1995 (source : Ministère de l’Agriculture -Madagascar).
D’après la FAO -cf. http://www.fao.org/biotechnology/fr– les biotechnologies couvrent un large éventail de technologies utilisées dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la foresterie, des pêches , de l’aquaculture et de l’agro-industrie : pour faire face au défi de «nourrir une population qui comptera 2 milliards d’habitants de plus en 2050 […] , la science et les biotechnologies pourront aider à relever ces défis, au même titre que les technologies conventionnelles. »

/Diffusion des OGM/
Au début des années 2000, le Congrès US a adopté une loi obligeant les agences américaines d’aide alimentaire aux pays étrangers à inclure les produits avec OGM dans leurs programmes : ainsi, le Mozambique et le Zimbabwe ont renoncé au maïs OGM à cause des risques écologiques, mais se sont vus obligés d’accepter la farine avec OGM. Première à décider de renoncer complètement aux OGM , la Zambie est actuellement partenaire du PAM et pays exportateur pour le maïs non modifié.
Autre exemple : en 2003, l’Irak « libéré » par les forces de l’OTAN a facilité la diffusion de semences OGM brevetées et d’intrants chimiques vendus aux irakiens par des multinationales spécialisées dans la production OGM.
Pour information, les cultures OGM en plein champ entraînent des disséminations et de la pollution génétique : on cite notamment le cas de l’Espagne, champion des cultures OGM en Europe, en proie à la contamination des cultures de maïs traditionnel par les variétés génétiquement modifiées ; de même pour le soja en Argentine.
A noter enfin au passif de la diffusion des OGM : les dizaines de milliers (voire des centaines de milliers, selon les sources !) de cas de suicides de paysans indiens au cours des deux dernières décennies, poussés à l’endettement puis à la faillite, après avoir contracté des emprunts de financement de plantation de coton OGM.

/Marchandages USA -UE/
D’après un amendement inséré en Avril 2013 dans une loi budgétaire pour l’agriculture aux Etats-Unis – médiatisé sous le sobriquet de « Monsanto Protection Act » par les détracteurs anti-OGM – la justice américaine ne pourra plus s’opposer aux mises en culture de plantes génétiquement modifiées, même si leur homologation est contestée devant un tribunal : disposition perçue comme un cadeau aux géants de l’agrochimie. En réponse, la firme Monsanto dément les accusations, indiquant que l’article de loi incriminé « ne contient aucune référence à Monsanto, protection de Monsanto ou bénéfice pour Monsanto » : il reste que le géant agrochimique fournit 93% des semences de soja, 88% de coton et 86% de maïs au Etats-Unis (source lemonde.fr).
Dans le même temps, les USA critiquent la règlementation européenne sur les OGM, estimant que l’Europe prive ses consommateurs de « produits américains sûrs et de grande qualité » (source rtbf.be) : la question des cultures et de l’étiquetage des produits contenant plus de 0,9% d’OGM (pratiqué en Europe mais contesté par les lobbyings OGM aux Etats-Unis : cf illustration) constitue ainsi un facteur de blocage aux négociations sur le TAFTA (Transaction Free Trade Agreement) visant à créer une vaste zone de libre échange entre les Etats-Unis et l’Europe, initialement programmée… en 2015 ?

/L’agriculture à Madagascar/
A Madagascar, l’agriculture vit globalement au stade de l’économie de cueillette et d’autosubsistance: avec des rendements et des revenus monétaires faibles pour les producteurs directs, même dans les régions de produits de rente: notamment café, vanille, cacao, girofle ou letchis, produits d’exportation bien cotés sur le marché international.
Pour les semences, le paysan malgache lambda vivant en autosubsistance réutilise le plus souvent des grains de la campagne passée, ou achète des semences locales améliorées suivant son pouvoir d’achat.
Du fait de l’exposition de la Grande Ile aux aléas cycloniques – de Décembre à Mars – et à la sécheresse dans sa partie sud, les populations malgaches sont périodiquement en demande d’aide alimentaire : comme les autres pays africains, les populations malgaches bénéficient de ces dons, mais sans savoir la nature exacte des composants, OGM ou non ?
Quelques chiffres pour illustrer la situation du riz, principal produit vivrier: à Madagascar, la culture de paddy – riz non décortiqué – est pratiquée sur 1,3 million d’hectares avec une production de 2,7 à 3,25 millions de tonnes (soit un rendement de 2 à 2,5 tonnes à l’hectare): au niveau consommation, une production de 3 millions de tonnes de paddy équivaut à 2millions de tonnes de riz usiné, d’où un « gap théorique » de 200.000 tonnes de riz pour alimenter une population malgache estimée à 22 millions en 2012, consommant environ 100 kg de riz par an et par habitant.
Du fait de l’enclavement des zones productrices de paddy, l’importation de brisures de riz asiatique constitue ainsi un secteur hautement spéculatif, variant de 100.000 tonnes par an (dans les années 90) à 200.000 tonnes (avec un pic historique de 338.000 tonnes en 1982, d’après le projet Madio Instat-Dial-Orstom in : « La question rizicole à Madagascar », 1996) : à noter que ce riz importé – appelé localement « riz stock »- est essentiellement consommé dans la Capitale par les couches de population nécessiteuses, avec parfois des prix subventionnés… surtout en période pré-électorale !!
Concernant l’introduction de semences OMG avec l’ouverture aux IDE (Investissements Directs Etrangers) d’agrobusiness, des observateurs évoquent sur les réseaux sociaux l’existence d’essais de cultures industrielles OGM, difficilement contrôlables par les autorités centrales et locales.
Enfin, en matière de consommation de produits contenant des OGM : d’après la carte publiée par « Center for Food Safety » en 2013 (cf illustration), Madagascar figure parmi les pays marqués « No GE (genetically engineered) Labelling Law », c’est-à-dire sans législation officielle sur l’étiquetage des produits contenant plus de 0,9% d’OGM.

/Alternatives aux OGM/
Sur la base d’un rapport publié en Mai 2003 par l’ONG « Les Amis de la Terre-International » intitulé « Playing With Hunger » – disponible en anglais sur http://www.foei.org/publications/gmo – Nnimmo Bassey, un leader nigérian de cette organisation, revendique :« il existe des alternatives aux OGM mais on n’a pas laissé le choix aux pays africains. Cela ne doit pas se répéter. Nous demandons au Programme Alimentaire Mondial (PAM) et aux autres donateurs de s’assurer que dans l’avenir des alternatives réelles soient disponibles. » (source : alterinfo.net)
Comme les autres pays membres de COMESA (Communauté commerciale pour l’Afrique de l’Est et du Sud), Madagascar est donc concernée par le processus de consultation sur « la culture commerciale des OGM, le commerce des OGM et l’aide d’urgence contenant des OGM ». Ainsi, un Atelier de Consultation National relatif à la Biotechnologie et à la Biosécurité s’est tenu en Août 2011, organisé par le Ministère de l’Agriculture, suivi d’ateliers régionaux, pour informer les acteurs du développement rural sur les enjeux actuels et futurs des biotechnologies.
A Madagascar, le secteur rizicole pourrait constituer le « cheval de Troie » pour l’introduction de semences hybrides d’origine américaine – comme le Nerica = New Rice for Africa, aujourd’hui cultivé dans 4 régions de Madagascar -, ou asiatiques, à l’instar des Chinois qui courtisent le Ministère de l’Agriculture malgache en proposant des centaines de tonnes de semences de riz hybride, gratuites ou subventionnées !
Face aux tentations biotechnologiques venues d’au-delà des mers, Madagascar dispose toutefois d’acquis en agro-écologie, notamment avec le SRI ou système de Riziculture Intensive, découvert à Madagascar en 1983 par le Père Laulanié et caractérisé par un repiquage précoce et soigneux des jeunes plants après quinze jours au lieu de deux mois habituellement, combiné à un désherbage mécanique et à l’utilisation de compost organique : le SRI peut ainsi assurer des rendements de 5 à 10 tonnes à l’hectare au lieu des 2 tonnes à l’hectare habituelles dans la Grande île.
Ces performances ont valu à l’ONG malgache Tefy Saina http://www.tefysaina.org fondée avec le Père Laulanié et « héritière » du SRI – une médaille décernée à Naples en 2003 par l’ONG Slow Food (mouvement international militant pour la biodiversité agroalimentaire) en reconnaissance de ses efforts pour promouvoir l’agro-écologie et les variétés autochtones de riz (notamment le riz long -ancêtre du riz américain ?- et le riz rouge qui font la renommée de Madagascar).
Face au lobbying des multinationales et aux critiques sur l’introduction des OGM dans les quotas d’aide d’urgence aux pays en déficit alimentaire, la FAO a récemment pris position en faveur de l’agro-écologie, « une agriculture qui préfère respecter les cycles de la nature plutôt que d’utiliser des intrants chimiques ».

/Plateforme régionale/
Au niveau régional des Iles de l’Océan Indien, un accord-cadre associant le Cirad, la Réunion et la Commission de l’océan Indien (COI ) a été signé en Juin 2015 pour la création de la plateforme régionale de recherche agronomique pour le développement dans l’océan Indien, ou PReRAD.
Cette plateforme permettrait de structurer la coopération sur des thématiques d’intérêt commun avec les ministères, les universités et le secteur privé, notamment : santé animale et végétale, maladies émergentes, systèmes agroalimentaires et qualité des produits, valorisation de l’agrobiodiversité et recyclage des matières organiques.
D’après les données du Rapport d’activités 2014 bilan et perspectives du Cirad, la plateforme répond à la nécessité pour les pays de l’océan Indien de renforcer leur autonomie alimentaire en développant leurs complémentarités sur des filières agricoles clés. Elle est également principal opérateur scientifique de la COI pour la sécurité alimentaire, à travers une recherche d’excellence en appui au développement des filières agricoles, à partir de La Réunion. (source  : lagazette-dgi : lancement de la plateforme régionale de recherche agronomique )

/Souveraineté alimentaire/

La balle est donc dans le camp des décideurs nationaux de toute la planète, comme l’indique la convention de la COMESA : « the national sovereignty in decision making will be respected » : décisions lourdes de conséquences du point de vue de la souveraineté alimentaire… et de la sécurité alimentaire et environnementale des générations futures.
Dans le cas de Madagascar, l’appui au développement de l’agro-écologie -adapté aux ressources naturelles et aux pratiques culturales des producteurs malgaches – représenterait un atout majeur pour faire de la Grande Ile le futur grenier « bio » de l’Océan Indien, incluant notamment :
* la possibilité d’envisager un moratoire sur l’introduction et la production d’OGM, comme l’avait fait la Zambie en 2002 ;
* et d’envisager des alternatives aux stratégies d’accaparement de terres et au « tout OGM » mondial programmé suivant le modèle biotechnologique étasunien ?

07 Janvier 2015, réactualisé le 19 Février 2016 par Jean-Pierre Randriamampandry

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5 réflexions sur “OGM= Vingt ans d’essais et Perspectives ?

  1. Un « raiamandreny » (aîné) et ami a émis le dimanche 11 janvier 2015 sur Facebook un commentaire à cet article, résumé et traduit ci-après:
    D’après la Constitution de 2010, article premier « Le territoire national est inaliénable. Les modalités et les conditions relatives à la vente de terrain et au bail emphytéotique sont déterminées par la loi ».
    – Actuellement, des ressortissants asiatiques (Karana= indo-pakistanais et chinois) « nationalisés » (ayant acquis la nationalité malagasy) font la course et ont toutes les facilités pour acquérir des terrains auprès des services publics, tandis que les dossiers de demande de terrain domanial des Malagasy subissent des tracasseries administratives.
    – Dans ces conditions, ne rêvez pas de « grenier bio », il faudrait plutôt affronter les problèmes politiques actuels à résoudre, et oser traduire en justice (dixit le raiaimandreny) certains hauts responsables et exécutants corrompus qui facilitent la vente de terre aux étrangers, au détriment de nos compatriotes. N’oubliez pas ce mot d’ordre : « CONNAIS TA TERRE NATALE. PROTEGE TON PATRIMOINE. »

    ** En réponse à cela= c’est la raison de cet article, qui propose une VISION alternative- de ce qui pourrait être, avec la volonté des pouvoirs publics !? – et donne une ALERTE sur les risques très actuels, liés à la libéralisation sauvage sur le plan foncier à Madagascar : ainsi, la plate-forme SIF -Solidarité des Intervenants du Foncier – http://sif-mada.mg, n’hésite pas à interpeller jusqu’au Président de la République Malgache sur les problèmes de pillage des ressources naturelles (bois de rose, etc.) et la multiplication des cas d’accaparement de terres du fait d’étrangers ou de nationaux, qui n’hésitent pas à faire valoir leurs « droits » manu militari, en conflits directs avec les « fokonolona » (communautés de base) en milieu rural ou urbain (jusque dans la capitale Antananarivo !).
    14 Janvier 2015 Adygasy-systemD

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  2. Il faudrait déjà commencer par interdire l’importation par deux gros « chimistes » locaux, de quantité de produits chimiques, dont nombreux sont interdits en Europe ! Aujourd’hui, l’agriculture de « cueillette », n’est déjà même plus bio ! Regardez simplement la vanille !

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  3. Nous sommes privilegiés d’aide mais la mesure incitative n’existe guère pour la politique publique.
    L’État tourne le dos aux agriculteurs.Sache que les paysans n’arrivent jamais à refouler ou à connaître la vérité à cause de leurs occupations.

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