sommet 5 presidents

MADAGASCAR 2015 : Cap sur les Communales ?

Scrutin communal au 31 juillet 2015 et manœuvres politiques post-transition

/Réconciliation nationale à huis clos ?/
Le 13 octobre 2014, Marc Ravalomanana est de retour dans la Grande Ile, par jet privé et sans passeport après 6 ans d’exil en Afrique du Sud : suite à une courte déclaration à la presse, il est arrêté à son domicile par une quarantaine d’éléments du GSIS (Groupe de Sécurité et d’Intervention Spéciale) = direction résidence surveillée à Antsiranana, puis à Antananarivo.
Le retour impromptu de Marc Ravalomanana relance la Feuille de Route SADC – cosignée par la plupart des acteurs politiques malgaches le 17 Septembre 2011 et préconisant le « retour des exilés, la libération des prisonniers et la réconciliation nationale » – et le projet de sommet des cinq présidents, à savoir : Hery Rajaonarimampianana (actuel président, élu en Décembre 2013), Didier Ratsiraka – élu (1975 à 1991, puis 1996 à 2001)- Zafy Albert (élu, de 1993 à 1996), Marc Ravalomanana (élu, de 2002 à 2009) et enfin Andry Nirina Rajoelina , installé au poste de Président de Transition de 2009 à 2013.
Dans l’urgence, la direction du processus de réconciliation nationale est confiée au Conseil Oecuménique des Eglises Chrétiennes de Madagascar (FFKM), qui organise une série de réunions à huis clos des cinq présidents le 19 Décembre 2014, puis les 13 et 15 Janvier 2015 (cf photo), suivies de consultations élargies au niveau des 22 Régions de Madagascar, pour aboutir à une consultation nationale aux calendrier et aux contours encore indéfinis.
Si le processus répond aux vœux de la Communauté Internationale souhaitant un apaisement politique – voire un reformatage de la 4e République malgache pour rassurer les bailleurs de fonds et investisseurs étrangers !? – le citoyen malagasy lambda n’attend pas de résultat tangible de cette démarche de réconciliation à huis clos… et de plus occultée par la chute du gouvernement Kolo Roger !

/ Gouvernement à majorité HVM/
Samedi 10 janvier dernier, une rumeur se répand sur les réseaux sociaux à propos de la « démission d’une dizaine de ministres et celle du Premier Ministre Kolo Roger » : rumeur confirmée quand, tard dans la nuit du Lundi 12 Janvier 2015, le général Roger Ralala, Secrétaire Général de la Présidence, donne lecture du décret présidentiel déclarant « acceptée la démission du Premier Ministre Laurent Roger Kolo Christophe en son nom et au nom du Gouvernement ».
Deux jours après, le général de brigade aérienne Jean Ravelonarivo, proposé par 118 députés de la PMP- Plate-forme de la Majorité Présidentielle – est nommé Premier Ministre: la formation du nouveau gouvernement est annoncée au Palais d’Etat le 25 Janvier 2015, lors de la conférence de presse organisée par le Président Hery Rajaonarimampianina, pour marquer le premier anniversaire de son investiture en Janvier 2014 (cf photo).
Pour le gouvernement remanié à forte majorité de « cravates bleues » (signe distinctif du parti présidentiel HVM !) comptant 30 membres – dont 18 reconductions, 4 mutations de postes ministériels et 8 nouveaux membres – la priorité des priorités est de gérer dans l’urgence les dégâts provoqués par la tempête Chedza, qui a frappé le 17 janvier dernier une grande partie de la Grande Ile : au bilan provisoire du BNGRC (Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes), on compte plus d’une soixantaine de morts et disparus, 45 000 personnes déplacées et plus de 70 000 sinistrés, suite à la montée des eaux dans les zones basses d’habitation, en provinces et dans la Capitale Antananarivo.

/Majorité virtuelle ?/
Le décret de nomination du nouveau Premier Ministre – pris tard dans la nuit du 14 Janvier, en marge du sommet des cinq présidents – prend de court le nouveau « collectif d’Ambodivona » (nom de quartier de la Capitale où siège le parti TGV de l’ex-président de Transition, Andry Nirina Rajoelina) qui s’apprêtait à présenter une liste de « premiers ministrables » au nom d’une « majorité de 80 députés », en référence à l’article 54 de la Constitution qui stipule : « Le Président de la République nomme le Premier ministre, présenté par le parti ou le groupe de partis majoritaire à l’Assemblée nationale ».
Au cours de sa conférence de presse du 25 Janvier dernier, le Président Hery répond en substance que « la Plateforme de la Majorité Présidentielle augmente de jour en jour, comptant actuellement 120 membres députés et détient donc la majorité absolue à l’Assemblée Nationale».
Pour mémoire, rappelons que le parti HVM, constitué officiellement en Mai 2014, n’a pas d’élus attitrés à l’Assemblée Nationale issue des législatives du 20 Décembre 2013 : pour pallier ce vide politique, la Plateforme de la Majorité Présidentielle a été créée en tant que groupe parlementaire début 2014, à partir d’un noyau d’une quarantaine de députés « indépendants» ralliés au nouveau président élu.

/Opposition introuvable !/
Pour toutes ces raisons, le Ministère de l’Intérieur est encore en attente de la déclaration officielle de constitution de l’opposition légale, prévue dans la nouvelle Constitution de 2010 mais toujours introuvable !
Dans la perspective des Communales reportées au 31 Juillet 2015, on peut toutefois s’attendre à l’émergence d’une coalition électorale élargie, animée par « l’incontournable » Andry Rajoelina (en vue de la prochaine présidentielle en 2018 ?): d’après Madagascar-Tribune.com du mardi 03 février 2015 titrant : « L’alliance d’Ambodivona fait front commun jusqu’en 2018 » http://www.madagascar-tribune.com/L-alliance-d-Ambodivona-fait-front,20774.html , le porte parole du groupe Laurent Ramaroson informe que pour « toutes les prochaines élections, l’alliance d’Ambodivona va présenter des candidats uniques choisis d’un commun accord ».
/HVM « superstar » ?/
Lors d’une réunion publique du parti présidentiel HVM à Antananarivo le 14 février dernier, Jaobarison Randrianarivony – vice-président du HVM et non moins patron du groupe publicitaire Média Consulting, reconverti dans la « starisation » du parti présidentiel – a relevé le défi : «Au moins le parti HVM devra conquérir 1000 des 1700 mairies dans tout Madagascar […] Ce sera le premier test pour prouver que le parti HVM est un parti qui compte. Il est alors impératif de d’atteindre cet objectif ». cf. http://www.lexpressmada.com/blog/actualites/communales-le-hvm-vise-mille-mairies-27260

//HCC : arbitrage inattendu/
Parallèlement aux joutes verbales politiciennes, le projet de « statut spécial de la ville d’Antananarivo » est devenu un nouveau champ d’affrontement entre l’Assemblée nationale et le gouvernement, décidé à diviser la capitale en une dizaine de communes urbaines à partir des actuels six arrondissements = projet qui a le don d’irriter la plupart des députés d’Antananarivo (issus des mouvances Ravalomanana et Rajoelina).
Suite à un premier passage en force à l’Assemblée nationale le 21 janvier 2015 – avec 51 voix « à l’unanimité des députés présents » sur les 151 membres de l’Assemblée, en l’absence de la quasi-totalité des députés de la Capitale – la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) décide le 20 Février 2015 que « la Loi n°2015-004 relative aux Collectivités, Territoriales Décentralisées à statut particulier, est déclarée contraire à la Constitution » et que « que le procès-verbal des débats du mercredi 21 janvier 2015 […] ne permet pas de déterminer de manière claire et précise que la majorité requise pour l’adoption dudit texte a été respectée ».
Un nouveau texte est présenté par le gouvernement, contesté cette fois par le syndicat des personnels de la Commune urbaine: le texte amendé par les députés de la Capitale est finalement adopté le 25 Mars 2015 avec 77 voix sur 90 députés présents, malgré la présence devant l’Assemblée de « poids lourds » du gouvernement envoyés à Tsimbazaza pour défendre le texte de l’Exécutif.
Finalement, le nouveau texte passé à l’Assemblée le 25 Mars 2015 subit encore quelques critiques de la HCC – avec de nouveaux remous en perspective concernant le nombre d’arrondissements de la Capitale qui sera fixé par l’exécutif – mais permet au Conseil des ministres de caler le calendrier électoral au 31 juillet 2015, préalable au bouclage du financement électoral qui nécessiterait quelques 17 millions d’euros, dont 7 millions d’euros disponibles (source Madagascar Tribune du 27 Mars 2015) dans le « basket fund » du PACEM (Programme d’Appui au Cycle Electoral de Madagascar).
Dans ces conditions, les paris restent ouverts sur les chances de l’opposition « virtuelle » face à la marée électorale escomptée par le parti présidentiel HVM, déjà en pré-campagne et disposant encore des principaux leviers de commande del’exécutif de la 4e République Malgache : affaire à suivre…

Politique : A lire aussi sur https://adygasysystemd.wordpress.com/madagascar-2014-happy-end-apres-transition/

Ce 29 Janvier 2015 par Jean-Pierre Randriamampandry

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2 réflexions sur “MADAGASCAR 2015 : Cap sur les Communales ?

  1. L’actuelle constitution (qui n’est pas idoine) voulait réduire la fluctuation des positions des députés par, entre autre, les articles 54 et 72. Or il se trouve que l’actuel président se plait à dire que la majorité qui le soutient croit de jour en jour. Autrement dit, il est le premier à enfreindre l’esprit de la loi fondamentale.
    Il est peut-être temps que la HCC tienne son rôle de gardien de la loi quand celui de la constituion a du mal à le comprendre.

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