Madagascar-O.I. : Sécurité Alimentaire & Agrobusiness

Les producteurs malgaches sont-ils prêts à se convertir à l’agribusiness (solidaire et durable?) et faire de la Grande Ile le grenier de l’Océan Indien ?
/Etats des lieux/
Première étape de cet ambitieux projet, une étude menée en 2011 par la Commission de l’Océan Indien (COI) avec le Fonds international de développement agricole (FIDA), qui évalue les importations alimentaires de la région du Sud-ouest de l’Océan Indien à 1,5 million de tonnes en 2009, dont environ 1,1 millions de tonnes de cultures alimentaires, principalement les céréales (y compris le riz) avec 62% et les produits oléagineux avec 18%.
Secundo, la Conférence de la COI tenue en mars 2013 à Mahajanga – ville portuaire et balnéaire au Nord-ouest de Madagascar – fait un premier état des lieux des potentialités de l’agriculture malgache: les îles du Sud-ouest de l’Océan Indien attendent beaucoup de Madagascar pour contribuer efficacement à l’autonomie alimentaire de l’ensemble de la sous-région, fortement tributaire des importations en provenance d’Europe, Australie ou jusqu’au Brésil !
Aussi, la Déclaration finale du 4e Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la COI du 23 août 2014, réitère que « la reprise économique de Madagascar prendra notamment appui sur le projet de sécurité alimentaire dans l’Indianocéanie défendu et porté par la COI et qui rendra effectif le rôle de la Grande Ile en tant que grenier de l’océan Indien ».
/690 millions d’Euros/
La Conférence avec les bailleurs sur la sécurité alimentaire de l’Océan Indien, tenue à Antananarivo les 19 et 20 Février 2015, annonce une enveloppe de financement de 690 millions d’euros au niveau régional et national, à débloquer sur une période de cinq à sept ans.
Un comité de pilotage sera mis en place, incluant les bailleurs de fonds, le secteur privé et les petits producteurs malgaches qui sont les acteurs essentiels des projets allant de l’intensification de la production, l’amélioration des normes sanitaires et phytosanitaires, à la mise en place des structures de stockage.
L’enjeu est de mobiliser des projets concrets axés sur le développement agricole de la Grande Ile et répondant à la double problématique :
* de l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle de Madagascar,
* et de l’accroissement des échanges agricoles et alimentaires intra régionaux.
En termes de produits agricoles, les premiers produits-phares identifiés lors de la Conférence de Mahajanga en 2013 sont le riz, le maïs, l’oignon et les grains ; d’autres filières peuvent être développées suivant les besoins exprimés par les îles de la sous-région, tels les légumes frais et transformés, les fruits et les épices, ou d’après les secteurs potentiellement porteurs à Madagascar comme l’élevage à cycle court, la pisciculture et la pêche continentale – en bref, toute la gamme de produits naturels qui font la renommée de la gastronomie malgache – ou encore la sériciculture.
/Accaparement de terres ?/
En clôture de la Conférence le 20 Février 2015, le président Hery Rajaonarimampianina a appelé à la contribution des investisseurs, affirmant qu’ « une politique incitative est prête pour ceux qui veulent investir » (source orange.mg 20-02-2015).
D’après Vahinala Raharinirina, chercheure à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) et auteur d’une étude intitulée « Conflits «glocaux» autour des projets extractifs et agraires à Madagascar. » : « Par rapport à la surface totale de Madagascar de 58.704.100 ha, la surface des terres arables est estimée à 8 millions d’ha par le Ministère de l’Agriculture (2008) contre 15 à 20 millions d’ha selon la FAO (2007). La surface moyenne cultivée par personne, ou superficie agricole par producteur, était de 1,2ha en 1985, puis 0,87ha en 2005 et ne représente plus que 0,15ha en 2009 (Sources : FAO, INSEE, Statistiques mondiales Madagascar). ».
D’où la convoitise des holdings d’agribusiness internationaux à travers des locations de terres à long terme et à grande échelle allant de 1000 à 550.000 hectares, concernant diverses filières telles que la culture de jatropha ou de tournesol pour agrocarburant, l’élevage bovin & transformation pour exportation, la sylviculture, la canne à sucre, etc. : plus de détails à lire sur http://www.academia.edu/5951173/Madagascar_conflits_glocaux_autour_des_projets_extractifs_et_agraires
Justifié par la stratégie « win-win » selon laquelle le pays gagne par la mise en valeur des terres inexploitées et l’apport de devises générées par les Investissements Directs Etrangers (IDE), l’octroi de bails emphytéotiques de longue durée – 30 à 50 ans, voire plus !- de grandes superficies de terres à des opérateurs étrangers équivaut à spolier les utilisateurs traditionnels des terres – agriculteurs/éleveurs extensifs de zébus – et leurs descendants dans les zones peu peuplées sur toute la partie Ouest de Madagascar, mais aussi sur les terroirs à forte densité de population d’agriculteurs au centre, au Nord et à l’Est de la Grande Ile, source de conflits fonciers allant jusqu’à l’expulsion « manu militari » de plus en plus fréquente depuis quelques années à Madagascar.
/Choix de société/
D’où la sonnette d’alarme tirée par le Collectif pour la Défense des Terres Malgaches – TANY -cf. notamment « Agriculture familiale paysanne ou agrobusiness : un choix de projet de société » sur le site http://terresmalgaches.info/ sur les conséquences redoutées du développement de l’agribusiness monopolistique à Madagascar, à savoir :
* « d’une part, l’agriculture familiale paysanne risque de disparaître progressivement à cause du rapport de forces inégal si on laisse les deux modèles de production se développer en libre concurrence,
* et d’autre part, il résultera un exode inévitable des populations rurales vers les zones urbaines car les entreprises agricoles ne pourront pas fournir autant d’emplois que l’agriculture familiale paysanne.
[…] »
SUR LE PAPIER : d’après la note de la COI « Madagascar, grenier de l’Océan Indien : Note conceptuelle sur le projet régional de sécurité alimentaire » :
« Madagascar mettra en œuvre, avec les autres partenaires dont la COI, une approche qui va associer l’appui à des groupements d’agriculteurs locaux et le développement d’une agriculture modernisée.
[…] La vulgarisation et l’application des pratiques agroécologiques seront consolidées dans tous les États et, à Madagascar, il s’agira d’augmenter la production à partir des régions susceptibles de satisfaire aux besoins des autres îles.
[…] L’objectif est de disposer d’une production minimale assurée par des groupements organisés de producteurs et de grands exploitants comme garantie du marché. Le projet va intervenir au niveau de l’organisation de la production, de la production, de la mise aux normes et de la commercialisation.
»
SUR LE TERRAIN:
* Lors de la Conférence sur la sécurité alimentaire à Antananarivo, la partie réunionnaise a présenté l’offre de formation réunionnaise dans les métiers de l’agriculture et de l’élevage, considérant par sa représentante Virginie K’BIDI que « notre insertion régionale ne se fera que si notre secteur privé, nos organismes de formation, d’expertise, nos pôles d’excellence sont en mesure de contribuer au développement de notre propre espace océanique» – , en prenant en exemple les progrès de l’agriculture réunionnaise « pour transformer le potentiel en réalité » permettant à la Réunion, en 30 ans seulement, une quasi autosuffisance en produits frais (viande- œufs, excepté le lait) et au 3/4 d’autosuffisance en fruits et légumes frais, notamment en tomates : cf lien sur http://www.clicanoo.re/463022-madagascar-la-region-reunion-presente-a-la-conference-sur-la-securite-alimentaire.html
* Pour Madagascar – pour l’heure confrontée à de graves inondations touchant notamment la Capitale Antananarivo, résultats de la déforestation séculaire et des remblais dans les zones inondables à sa périphérie – les observateurs locaux s’interrogent sur la volonté du gouvernement malgache qui devra multiplier les filières de formation agricole – Madagascar compte seulement 02 lycées agricoles pour une population de 22 millions à 80% rurale ! – et professionnaliser le paysannat : d’où l’urgence et l’opportunité d’un partenariat « 4P = Partenariat Public – Privé – Population », pour un choix de société équitable et non dicté uniquement par la logique de profit des holdings d’agribusiness internationaux ??
Ce 27 Février 2015 par Jean-Pierre Randriamampandry

Catégorie « socioéco » : voir aussi sur le même thème: https://adygasysystemd.wordpress.com/ogm-vingt-ans-dessais-et-perspectives/

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2 réflexions sur “Madagascar-O.I. : Sécurité Alimentaire & Agrobusiness

  1. Très belle synthèse de la réalité que vit le malgache. Q’est-il devenu du projet PROJER ?Lancer y pas d’année dans le moyen ouest d’Analamanga, ça a permis à des jeunes à ce qu’il parait de ce lancer dans l’agro business tout en créant des emplois au niveau local.

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  2. en effet, l’agrobusiness/ agribusiness ne se resume pas à la problematique d’accaparement de terres (ayant servi d’argumentaire dès les premiers meetings de la « revolution orange » menee par Andry Rajoelina en janvier 2009), mais offre aussi des opportunites pour des producteurs organisés… et informés: à developper dans un prochain article ! 😉

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