Madagascar : Recadrage du PND pour 2017-2019

La dynamique de croissance du PND malagasy de 5% en 2015, 7% en 2016 et plus de 10% à partir de 2017 est revue à la baisse avec un objectif de 4,5% dans la Loi de finances 2017.

/Madagascar- Loi de Finances 2017/
Le Plan National de Développement (PND) de Madagascar 2015-2019 envisage la construction d’un « Madagascar fort, une Nation moderne et prospère », suivant 5 axes:1) Gouvernance, 2) Stabilité macroéconomique, 3) Croissance inclusive, 4) Capital humain et 5) Valorisation du Capital naturel, tablant initialement sur 5% de croissance en 2015, 7% en 2016 et plus de 10% à partir de 2017.
Ainsi, dans la version 2017 de la Loi de Finances de la République de Madagascar – transposition annuelle du PND – on peut lire :
« Croissance économique
[…] « Le PIB nominal de l’année 2016 s’élève à 31 773,3 milliards d’Ariary, et croît de 11,2% par rapport au niveau de la production de l’année 2015. » (note du rédacteur= soit l’équivalent d’environ 9,92 milliards USD à raison de 3200 Ariary / USD _ janvier 2017). […] « Les résultats positifs au niveau des trois secteurs de l’économie conduisent vers un taux de croissance de 4,1% du PIB en 2016. »
« Le secteur primaire affiche un taux de croissance de 2,2% basé principalement sur la performance de la branche Agriculture de 2,8%… Concernant les autres branches de ce secteur, l’«élevage et pêche » et la « sylviculture » ont des taux de croissance respectifs de 1,9% et de 1,0%. »
« Le secteur secondaire, quant à lui, est favorisé par le retour de l’AGOA, par la réouverture de quelques unités productrices de sucre, et par l’augmentation des demandes en construction induite par la tenue des Sommets du COMESA et de la Francophonie. Ce secteur progresse de 5,2% en 2016 et peut compter sur les résultats de plusieurs branches, à savoir la ZFI (9,4%), l’« Agro-Industrie » (6,4%) l’« Industrie du bois » (6,4%) et l’« Industrie métallique » (6,4%). Par ailleurs, la performance de la branche « Industries extractives » est limitée à 5,0% à cause de la baisse des cours mondiaux du Nickel et du Cobalt. »
« Pour le secteur tertiaire, le taux de croissance est de 4,9%. Quatre branches sont principalement à l’origine de cette hausse : « auxiliaire de transport » liée aux activités des agences touristiques (5,5%), BTP (13,6%), « Assurances » (5,7%) et « Banque » (8,1%).
»
En termes de prévisions pour 2017 :
[…] « La performance économique de Madagascar, sur la période 2000-2016, a été fortement perturbée par deux crises socio-économiques sévères (2002 et 2009). En effet, aucun secteur n’a été épargné. Les perspectives pour l’année 2017 redeviennent optimistes avec un taux de croissance économique escompté à 4,5%, contre 4,1% en 2016. Un gain de 0,4 point de pourcentage est donc envisagé.
L’essentiel de cette croissance sera tiré par les investissements (18,3% du PIB), notamment ceux effectués par le secteur privé (10,2% du PIB). […] D’autre part, les Investissements publics y contribuent plus modestement. Pour l’année 2017, ces derniers équivaudront à 8,1% du PIB.
» »

/ Engagements des Bailleurs de Fonds /
A l’issue de la Conférence de Paris du 1er Décembre 2016 – point d’orgue du processus de négociations du gouvernement du Président élu Hery Rajaonarimampianina avec les partenaires techniques et financiers de Madagascar – les autorités malagasy escomptent un montant d’engagement des bailleurs de fonds à hauteur de 6,4 milliards USD pour financer le Plan National de Développement.
Dans ce contexte, la « Déclaration des Services du Fonds Monétaire International / Conférence des Bailleurs de Fonds de Madagascar / 1er Décembre 2016 » confirme un engagement des bailleurs de fonds à hauteur d’environ 3 milliards USD :
« La croissance devrait s’accélérer et s’établir à 4½ % avec le développement des investissements publics et de l’activité du secteur privé. La croissance du secteur privé ne se fera pas cependant sans une amélioration constante de la stabilité macroéconomique, de la gouvernance et du climat des affaires. La mise en œuvre des réformes prévues visant à renforcer la justice, lutter contre la corruption et résoudre les problèmes du secteur de l’électricité est particulièrement importante pour le climat des affaires. » […]
En même temps, les autorités sont déterminées à maintenir le risque de surendettement de Madagascar à un niveau modéré.
Elles cherchent à mobiliser un total de 2,9 milliards de dollars environ (soit 24 % environ du PIB de 2019) de financements extérieurs en 2017-19.
Jusqu’à présent, elles ont signé des conventions de prêts et de dons représentant 1,2 milliard de dollars de décaissements durant cette période, principalement dans les secteurs infrastructure, énergétique, agricole et social.
»
A noter qu’en termes de taux d’absorption des financements internationaux, le niveau de décaissements des aides extérieures à Madagascar s’élève à environ 500 millions de USD par an.
La déclaration du 1er Décembre 2016 donne par ailleurs l’avis du FMI sur les risques à prendre en compte au niveau de l’économie malagasy: « Madagascar, pays fragile à faible revenu, demeure exposé à des risques considérables. Parmi les facteurs de risques exogènes, on peut citer les conditions météorologiques défavorables et la détérioration des termes de l’échange.
De plus, la sécheresse prolongée dans le sud du pays entraîne des coûts et crée des besoins sociaux croissants.
Le succès du programme risque aussi d’être compromis par une instabilité politique ou une absence de progrès dans les réformes prévues, en particulier s’agissant de la mobilisation des recettes, de la gouvernance et de la compagnie JIRAMA.
»
(note du rédacteur : JIRAMA= Jiro sy Rano Malagasy, principale société nationale d’eau et électricité malagasy critiquée en raison de la fréquence des délestages – coupures de courant – quotidiens et des coupures d’eau dans bon nombre de localités de la Grande Ile).

/ Banque Mondiale : Note du 19 Avril 2016/
Par ailleurs, la note de situation économique publiée le 19 avril 2016 par le bureau de la Banque Mondiale à Madagascar banquemondiale note du 19 avril 2016 constate: « L’économie de Madagascar n’a pas rebondi comme prévu en 2015, affichant une croissance estimée à 3% et en-dessous des projections initiales ».
Cette note mentionne des conditions intérieures et extérieures défavorables pour la croissance : « Les principaux moteurs de la croissance ont ralenti, ce qui s’ajoute aux pertes dans le tourisme, la production de riz, et la relance attendue des exportations qui ne s’est pas encore matérialisée. »
« Le pays est confronté à une concurrence internationale de plus en plus rude », souligne Keiko Kubota, Lead Economist du bureau de la Banque mondiale à Madagascar. « Un fort rebondissement de la croissance en 2016 pourrait être envisagé si les problèmes structurels liés à la gouvernance et au climat des affaires sont adéquatement abordés ».
« En général, la politique fiscale malgache est solide, affirme le rapport, et le résultat insatisfaisant dans la collecte des recettes fiscales provient surtout de la faiblesse de l’administration fiscale ».
Ainsi, le rapport recommande le renforcement de l’administration fiscale, à travers la réduction des exonérations, exemptions et régimes spéciaux, ainsi que la lutte contre la corruption comme élément central dans l’augmentation des recettes fiscales.

/Corruption généralisée ?/
Enfin, la presse malagasy fait écho de la présentation publique à Antananarivo le 25 Janvier dernier du recul de Madagascar à la 145e place sur 175 États dans le classement mondial de l’indice de perception de la corruption (IPC) publié par Transparency International pour l‘année 2016 avec une note de 26/100 soit un recul de 2 points par rapport à l’année 2015 où la Grande Ile était cotée à 28/100 à la 123e place sur les 168 pays évalués.
Le résumé de l’IPC 2016 parle ainsi d’« un score alarmant pour Madagascar en vue de l’atteinte du score de 50/100 en 2025 », objectif inscrit dans la nouvelle stratégie de lutte contre la corruption (NSLCC).
Claude Fanohiza, directeur exécutif de Transparency International Madagascar, explique ce fort recul de la Grande île par l’insuffisance, voire l’absence de prise de responsabilité du citoyen dans la lutte contre la corruption : « Les gens que nous rencontrons dans les rues estiment que cette lutte ne concerne seulement que l’État. Ce qui est totalement faux, car chacun a une responsabilité dans la lutte contre la corruption ». cf. lexpressmada.com IPC 2016 corruption madagascar
Ce recul de l’indice de perception de la  corruption interpelle en tout cas la classe politique – héritière du régime de transition quinquennal d’Andry Rajoelina de 2009 à 2013 – ainsi que les sociétés civiles malagasy – toujours en quête de légitimité nationale et internationale lexpressmada.com societe-civile-et-francophonie – pour faire face à la corruption généralisée… et éviter à la Grande Ile un nouveau SEISME POLITIQUE à l’issue de la prochaine élection présidentielle de 2018 ?

Ce 29 janvier 2017 par Jean-Pierre Randriamampandry

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